Les tableaux d'Esther Guenassia
 
 
Le monde, ni Dieu, ni l'absence ne se laissent représenter. Plus encore que d'un interdit, il s'agit d'une impossibilité. La peinture ne peut pas copier le réel, sauf à le falsifier. Mais cette impossibilité, une fois conçue, est source de toutes les puissances de la création.
 
Les signes ne ressemblent pas au monde et pourtant, seuls ils en peuvent contenir la figure et en désigner la limite. Parmi tous les signes, significativement, les lettres d'un très ancien alphabet, l'alphabet hébraïque, ont pouvoir de nous en signifier le secret divin.
Des signes, nous faisons quotidiennement un usage hâtif, inconsidéré, un usage diabolique. Or, prendre soin des signes, de leurs figures, de leur secrète nature, c'est en faire l'usage symbolique qui littéralement tisse ou retisse la substance du monde, et nous lie ou nous relie: c'est prendre soin du monde et prendre soin de nous.
 Ce soin des signes requiert de qui s'y consacre exactitude et scrupule : c'est l'enjeu de l'art, d'un art qui n'est pas de décoration, mais de scrutation. Peindre ces toiles, vivre en leur compagnie, c'est entrer dans le champ des énigmatiques et bienfaisantes puissances des signes, de leur ordonnance et de leur spectre symbolique (comme on parle du spectre musical).       
 
 
Qu'il s'agisse de ces carrés magiques qui, horizontalement, verticalement, ou en diagonale offrent au déchiffrement une même valeur, qu'il s'agisse d'une trinité d'éléments primordiaux, chacun symbolisé par leur lettre, et dont la conjonction forme la genèse, qu'il s'agisse dans une lettre unique (Beth) de la Création du monde, qu'il s'agisse encore des Anges dont la Kabbale déchiffre les noms dans la succession des lettres de quelques versets de l'Exode,la beauté de ces toiles est inséparable de leur force.
 
                                       
Toutes sont des champs de force, des tourbillons d'énergie lumineuse, (c'est à dire, très exactement, l'objet de l'art de peindre: ce que, si nous savions prendre soin du monde et de nous-mêmes, nous verrions sous les apparences falsificatrices des représentations profanes et vulgaires: un Buisson Ardent, la Chevelure, les Portes du Ciel.
Mais qui voit cela, qui sait voir cela ? Don Quichotte, peut-être, l'Homme de Bien, assurément.
 
Saurez-vous lire dans le regard de l'Homme de Bien ?
 
Anne F. Garréta
 
 
Anne F. Garréta est l'auteur chez Grasset de : Sphinx (1986), Ciels liquides (1990), La Décomposition (1999), Pas un jour ( Prix Médicis 2002 ).

Meguilat Esther

Votre lettre dans la Toah

 

Newsletters

Select the newsletter(s) to which you want to subscribe or unsubscribe.